L’APPEL - Association pour le Développement des Enfants du Monde à Byumba

Du 8 au 18 février 2012, Byumba a reçu la visite d’une délégation des membres de L’APPEL Paris-France (Association pour le développement des enfants du monde).
Le programme du séjour concernait les visites des programmes menés dans le district de Gicumbi et l’élaboration des perspectives d’avenir.
Nous avons rencontré les représentants de la délégation. François Lalande, membre de la délégation, a bien voulu répondre à nos questions.

JPEG

Concrètement, qu’est-ce que L’APPEL ?

L’APPEL est une association déjà ancienne et expérimentée puisqu’elle a été créée en 1968, originellement pour venir en aide aux enfants victimes de la guerre du Vietnam. Elle a ensuite développé des programmes dans d’autres pays : Congo, Cameroun, Burkina-Faso, Tchad, Madagascar, Haïti, Salvador, Pérou. L’objectif de cette association créée par des pédiatres français est d’assister les enfants victimes de conflits ou en situation de pauvreté.

Le principe fondamental de l’action de l’APPEL est de répondre à l’appel des acteurs locaux, de travailler uniquement à travers les associations ou les autorités locales qui la sollicitent. Aujourd’hui, nous comptons 1.000 donateurs adhérents, plus quelques mécènes et une soixantaine de membres actifs qui partent régulièrement en mission. Différentes catégories de personnes : médecins, ingénieurs, enseignants, travailleurs sociaux, administrateurs, qu’ils soient retraités ou toujours en activité, participent directement aux actions de l’ONG.

Quelles sont les activités que L’APPEL conduit au Rwanda ?

Après 1994, à Byumba, deux pasteurs des Eglise anglicane et presbytérienne ont commencé à recueillir des enfants orphelins et à supporter des familles qui en avaient elles aussi accueillis. Face à l’ampleur de la tâche, ils ont vite été débordés et ont en 2004 sollicité l’aide de l’APPEL. Nous sommes alors intervenu et « L’APPEL pour l’avenir des enfants du Rwanda » a été créée. C’est cette association locale qui mène sur le terrain les actions que nous définissons avec elle et que nous soutenons.

Parrainages

Nos premières activités ont été de mettre en place des parrainages d’enfants rwandais par 60 familles françaises (64 enfants parrainés aujourd’hui). Celles-ci versent 24 euros par mois : 2 euros pour les frais de fonctionnement de l’APPEL France, 1 euro pour l’APPEL Rwanda, et les 21 euros restant sont versés dans une caisse gérée par un Comité de gestion local de l’APPEL Rwanda qui se charge de la répartition des fonds disponibles entre les enfants suivant leur âge, leurs besoins, etc.

JPEG

De cette façon les enfants parrainés sont entièrement pris en charge financièrement : habillement, nourriture, frais de scolarité jusqu’à la fin de leurs études secondaires.

Nutrition

Le second volet de notre action consiste à nourrir des enfants pauvres et chefs de ménage : 67 au total. Ces repas complets et équilibrés (viande, légumes, céréales, fruits) sont servis aux enfants en échange d’une présence assidue à l’école. Notre fonctionnement était au début rudimentaire, mais nous disposons maintenant d’une vraie cuisine, à l’abri de la pluie, où les bénévoles de l’APPEL Rwanda préparent quotidiennement la nourriture. Grâce à ce système, nous avons vu en 3 ans des enfants se développer de manière tout à fait remarquable.

Nous avons aussi collaboré au programme de nutrition à l’hôpital de Byumba. On s’est aperçu que la nourriture, non seulement manquait chez les plus démunis, mais surtout était mal utilisée. Il s’agit donc d’une formation à la diététique et à la nutrition, avec réfection de la cuisine de l’hôpital de Byumba et achat de nouveau matériel de cuisine pour l’hôpital et le centre de santé.

Réfections de maisons

La 3e action que nous menons, c’est la réfection des maisons où habitent ces enfants. Beaucoup de ces orphelins chefs de famille, ou hébergés par des familles qui les ont recueillis, vivent dans des maisons en torchis avec des toits en feuilles qui laissent passer l’eau et détériorent les murs. Nous avons donc entrepris la réfection, voire la reconstruction, de ces maisons : renforcement ou construction des murs, remplacement des charpentes, toitures, portes, fenêtres, écoulement des eaux de pluie. Cent onze maisons ont bénéficié de ce programme.

JPEG

Jusqu’à présent ces travaux ont été réalisés grâce à un financement de la société des taxis G7 en France, mais les besoins sont grands : la rénovation d’une maison coûte entre 1000 et 3000 euros. Nous avons par ailleurs sollicité un financement auprès de l’Ambassade de France, qui nous permettrait de porter à 118 le nombre de maisons rénovées et à 82 le nombre d’enfants recevant un repas chaque jour de classe.

Réseaux d’adduction d’eau

L’APPEL agit aussi dans le domaine de l’eau avec la réparation et la construction de réseaux d’adduction d’eau. Beaucoup de ces réseaux, construits dans les années 80, ont souffert de la guerre et du génocide. Il faut donc les remettre en état.

Un premier réseau de 1,5 km a été inauguré en 2009 à Kyombé. Un second de 11 km a vu le jour en 2011 à Mukono. Et le mardi 14 février 2012 nous avons inauguré un 3e réseau entre Gatenga et Rusambaya, d’une longueur de 7 km, le tout suivi d’une fête formidable organisée par le secteur et les villageois. Nous projetons d’en rénover et d’en construire de nouveaux, notamment à Miriku, ainsi qu’à Gatare (4 réseaux d’environ 18km). Sur ces réseaux les captages des sources sont sécurisés, l’étanchéité des cuves est révisée, les tuyauteries défectueuses sont réparées ou remplacées, une fontaine est construite tous les 500m environ.

L’objectif est de desservir les villages. Aujourd’hui, certaines populations habitant sur les hauteurs sont situées à 1h de marche des points d’eau. Dans le secteur de Bwizige, un projet de regroupements de populations dispersées dans la montagne a vu le jour, afin que les habitants n’aient plus à descendre chercher des eaux polluées dans la vallée et qu’ils aient accès directement aux écoles et aux centres de santé. Nous avons contacté des bailleurs en France et nous espérons un financement à hauteur de 150.000 € sur 3 ans.

Pour ces chantiers, L’APPEL fournit le matériel (tuyaux, sable, ciment, robinets), paie le maçon et le plombier et demande aux populations locales d’effectuer elles-mêmes les travaux de terrassement.
Nous mettons l’accent sur deux éléments clés. En premier lieu, l’entretien permanent des réseaux : autour de chacune des fontaines, un Comité de gestion est mis en place par les autorités locales, qui regroupe le responsable du village, le responsable des affaires de santé et un trésorier qui gère les cotisations des familles utilisatrices de la fontaine (100 francs rwandais par mois et par ménage). Ces cotisations sont versées dans un compte spécialement affecté au réseau d’eau. Elles financent l’achat des matériels et matériaux d’entretien et la rémunération du fontainier.

Le second élément est la sensibilisation à l’utilisation de cette eau : nous amenons dans les villages de l’eau propre, sans comparaison avec les eaux polluées des ruisseaux de villages ou des marigots de fonds de vallées, mais elle n’est pas garantie être potable. Il est sans cesse rappelé par les autorités que pour être bue, l’eau doit impérativement être bouillie ou décontaminée avec du « sur’o ».
Pour cette action, nous avons reçu l’aide de la Fondation Artelia pour Gatenga et celle du groupe G7 logistique et taxis parisiens pour Mukono.

Bibliothèque – ludothèque

Enfin le dernier volet de nos activités ici a été la construction d’une bibliothèque-ludothèque à la demande du secteur de Byumba. Dans un local vaste et bien aménagé, disposant de livres, de jeux éducatifs, d’un accès à Internet, une cinquantaine d’enfants est accueillie chaque jour, ainsi que des classes amenées par des instituteurs ou des professeurs. Les frais de fonctionnement de cet équipement doivent maintenant être pris en charge par le district de Gicumbi.

Par cet ensemble d’actions, réalisées par le truchement de l’association locale, « L’APPEL pour l’avenir des enfants du Rwanda », il s’agit d’une approche globale dans l’intérêt des enfants : habitat, santé, nutrition, eau propre, encouragement à l’instruction.

Quelles sont les projections futures pour les activités de L’APPEL au Rwanda ?

Notre préoccupation première concerne les réseaux d’eaux, ce qui correspond à une priorité fixée par le gouvernement rwandais. Nous allons donc nous y consacrer en continuant à rénover ou à construire de nouveaux réseaux. Nous souhaitons aussi augmenter le nombre de repas servis pour les enfants et arriver à rénover un plus grand nombre de maisons.

La philosophie de L’APPEL France est de travailler sur le long terme, pour effectuer un travail approfondi et de qualité. Une des forces de notre ONG est le montant très limité de ses frais de fonctionnement : autour de 13% seulement des sommes collectées auprès des donateurs sont consacrées au fonctionnement, le reste va donc en totalité à la réalisation des projets. Nous avons décidé par ailleurs de centrer nos opérations sur le district de Gicumbi, malgré les appels que nous recevons en provenance d’autres districts du pays, pour ne pas nous éparpiller.

« L’APPEL pour l’avenir des enfants du Rwanda », à laquelle nous apportons notre soutien, travaille en étroite collaboration avec les associations locales, les autorités religieuses, l’hôpital, les autorités locales (secrétaires exécutifs de secteurs, responsable des affaires culturelles, directeurs et directrices d’écoles, etc.) et bien entendu avec la population de Byumba ou des villages du district dans lesquels elle intervient.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du Rwanda en général ?

Mon avis personnel est que ce pays est intéressant et courageux. Sa chance, si l’on peut dire, est qu’il ne peut fonder son développement sur le commerce de ressources minières, par conséquent il n’est pas à la merci de grandes sociétés multinationales, ni sujet à des conflits entre groupes armés pour la gestion des gisements de minerais. A chacune de nos visites nous constatons un effort d’organisation au Rwanda et un souci de progrès remarquables. Sans doute aurions nous beaucoup à apprendre en France des réformes administratives de ce pays !

Un autre élément m’a marqué. Je viens de la région de Grenoble, où une fois par an des associations de protection de l’environnement invitent les citoyens à venir participer au nettoyage des rives de l’Isère, la rivière qui traverse la ville. A grands renforts de médias, on fait de ce moment un évènement unique et exemplaire. Ici, ce n’est pas une fois par an, mais une fois par mois ! Ce système de travaux communautaires mensuels (umuganda), suivis d’un débat d’une heure entre citoyens et autorités locales, montre une véritable volonté de renforcement de la communauté et sa capacité à s’attaquer à des problèmes d’intérêt général.

D’autre part, il apparaît que le Rwanda possède un grand atout : son fort potentiel en termes de production d’électricité, grâce au méthane du lac Kivu et aux possibilités offertes par la géothermie dans le parc des volcans. On dit souvent que le Rwanda avec ses montagnes, ses lacs, sa propreté et sa tranquillité est la Suisse de l’Afrique, ce sera encore plus vrai le jour où il deviendra fournisseur d’électricité pour toute la région.

Pour conclure, on ne peut qu’être heureux de constater la propreté, le calme et la sécurité ambiante. Pour avoir voyagé dans d’autres pays du monde, je vous assure que le Rwanda fait vraiment figure d’exception !

En terminant cette interview, je tiens à rendre hommage ici aux Pasteurs Etienne Bakweli de l’Eglise anglicane, Président de L’APPEL Rwanda, Claude Mutabazi de l’Eglise presbytérienne, Vice-président, au Pasteur Emmanuel Muhozi de Kyombé, ainsi qu’à Ignace Hategekimana, le Secrétaire exécutif de l’association, qui assurent au jour le jour la conduite des actions. Hommage aussi au Docteur Jacques Lalande, ancien Président de L’APPEL France, qui est l’artisan principal et le coordonnateur de tout ce que nous réalisons avec nos amis rwandais dans le district de Gicumbi depuis maintenant huit ans.

publié le 26/03/2012

haut de la page